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Le numérique responsable, qu'est-ce que c'est ?

En quoi le développement durable vu sous l’angle du numérique nous place-t-il dans une position inédite ?

Pour définir l'expression "numérique responsable", il faut se rapprocher du blog GreenIT.fr initié par Frédéric Bordage en 2004.

Avec sa communauté, Frédéric Bordage a traduit en français, précisé et vulgarisé de nombreuses expressions qui gravitent aujourd’hui autour du numérique responsable telles que la sobriété numérique, la conception responsable de service numérique, les TIC durables… 

Tout entrepreneur doit aujourd’hui composer avec les 17 objectifs du développement durable (ODD), sans quoi il serait illusoire de capter un marché et d’y prospérer. La première définition du développement durable est proposée dans le rapport Brundtland édité en 1987 par l’ONU. L’expression “développement durable” (DD) est née d’une erreur de traduction pour sustainable development ou “développement soutenable”. Elle fut cependant adoptée, ce qui n’est pas anecdotique. Le mot “soutenable” questionne notre capacité à supporter, à endurer, il génère une anxiété immédiate. “Durable” impacte les consciences et les imaginaires d’une façon plus acceptable, voire positive. 

Dans ce rapport, les objectifs du DD s’articulent autour de trois piliers fondamentaux, les “3 P” : People, Planet, Profit. L’entrepreneur doit envisager son action à l’aide de ces trois leviers simultanément pour tendre vers les ODD. People représente la notion d’équité sociale, Planet focalise sur l’écologie, Profit concerne les performances économiques.

Le “numérique responsable” désigne la rencontre entre le numérique et le développement durable. 

Au début des années 2000, le développement durable est perçu comme exclusivement attaché à des problématiques sur les transitions environnementales et énergétiques. La seule expression disponible pour notre sujet est celle du Green computing qui focalise sur le matériel. Frédéric Bordage lui préfèrera un temps Green IT qui est un peu plus générique. Il l’utilisera pour nommer son blog, mais à partir de 2007 le cabinet conseil américain Gartner popularise le Green IT à grande échelle. Pour se démarquer, Frédéric Bordage rebaptise alors sa “marque” en GreenIT.fr.

Dans l’expression “sustainable ICT” (TIC durable), ou “Green IT” (Eco-TIC) dans une version plus “positive” pour le public, l’aspect social n’est pas visible. Les “piliers” Planet et Profit ne sont pas perceptibles. A partir de 2014, pour réinjecter la dimension sociale dans la démarche, GreenIT.fr invente l’appellation “numérique responsable”, plus respectueuse des “3P” que “numérique durable”.

L’enjeu est bien de réduire l’empreinte environnementale du numérique, tout en créant de la valeur sociale et économique pour les humains. En ne plaçant pas très haut le questionnement sur les modes de vie, la “croissance verte” n’est qu’un leurre, une mystification qui participe au greenwashing ou “écoblanchiment” ambiant. 

Définitions du numérique responsable

Nous emprunterons cette définition du terme “numérique” à l’Insee pour désigner “la généralisation des techniques de l’informatique à l’origine d’équipements et de services pour produire, stocker, traiter et diffuser l’information”.

La définition du numérique responsable évolue au fil des années, nous retiendrons celle que propose aujourd’hui la communauté GreenIT.fr (https://www.greenit.fr/definition/) : L’ensemble des technologies de l’information et de la communication dont l’empreinte économique, écologique, sociale et sociétale a été volontairement réduite et / ou qui aident l’humanité à atteindre les objectifs du développement durable.

France IT “Le réseau des clusters numériques” précise cette définition du point de vue  de l’entreprise : une Entreprise Numérique Responsable désigne une entreprise numérique qui intègre volontairement des préoccupations éthiques, sociales et environnementales dans ses activités commerciales et dans ses relations avec toutes les parties prenantes internes et externes (https://france-it.fr).

Plus précisément, GreenIt.fr discerne trois échelles d’actions pour les organisations.

Dans tous les cas, cela suppose d’acquérir des compétences nouvelles pour maîtriser les connaissances clés du numérique responsable afin de recruter les meilleurs collaborateurs et sélectionner les bons prestataires.

  1. Le Système d’Information Développement Durable (SIDD) est porté par la Direction Générale afin de mettre les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) au service d’une stratégie RSE. Concrètement cela revient à développer des logiciels pour mesurer, piloter et suivre la performance DD de l’entreprise et de toutes ses parties prenantes.
  2. La Conception Numérique Responsable (CNR) est portée par une Direction des Système d’Information ou par une Entreprise de Services Numériques (ESN) pour le déploiement d’un produit ou service numérique. Cette démarche qualitative consiste à intégrer la performance environnementale et sociale dès la phase de conception du produit ou service. Elle s’appuie sur trois principes fondateurs qui conduisent à l’efficience : frugalité, simplicité, pertinence (F. Bordage, Ecoconception web)
  3. L’IT for green - littéralement “le numérique au service du DD” - concerne plus particulièrement les directions “métiers” des entreprises. L’enjeu est de mettre à contribution le numérique pour réduire l’impact écologique, économique et social d’un produit ou service existant. Cette approche qualitative doit se doubler d’une phase quantitative pour prétendre atteindre son objectif.

Cette troisième voie est la plus porteuse tant le périmètre du chantier est immense pour améliorer en continu, ou parfois réinventer les modèles existants avec l’apport des TIC. En matière de DD, le numérique devient un problème de plus en plus encombrant (ex. : émissions gaz à effet de serre, épuisement des matériaux abiotiques…), mais il est aussi une partie de la solution (ex. : modélisation du climat, imagerie médicale…).