Eclydre, l'agence web

Entretien avec Alain Labouze

Rédacteur en chef de Science Actualités

 

La mise en place d’un nouvel outil d’administration pour Science Actualités remonte à septembre 2002. Avant cette date, aviez-vous connu une expérience de dispositif complémentaire exposition/web ?

A ma connaissance, c’est la première fois que l’on invente un dispositif de production de contenus et de diffusion qui soit tourné à la fois vers des expositions et vers internet. C’est un vieux rêve que de pouvoir produire des contenus depuis les ordinateurs de la rédaction qui soit diffusés en temps réel aussi bien dans le cadre d’une exposition que sur le web.

Comment travailliez-vous avant cela ?

Auparavant, nous étions dans un système traditionnel de production de contenus : les éléments audio étaient destinés à des systèmes d’écoute en différé, les productions audiovisuelles devaient être diffusés via des systèmes de diffusion vidéodisque ou DVD-Rom. Pour ce qui était de l’écrit, nous n’avions que des panneaux d’exposition pour présenter nos articles. En 1997, nous avons initié le site Science Actualités, qui a été le premier site d’actualité scientifique français. Malheureusement, à cette époque les techniques de production en HTML étaient réservées aux initiés, ce qui ne nous permettait pas de produire les contenus par nous-même.

Comment l’idée d’un nouvel outil pour gérer simultanément plusieurs supports est-elle apparue ?

C’est lorsque nous avons pensé à enrichir les espaces d’exposition avec des contenus multimédia, comme sur internet, que nous avons réfléchi avec Préférences à un système permettant de marier les deux univers.
En juillet 2002, un nouvel espace d’exposition de 600 m² entièrement dédié à l’actualité scientifique a été créé à la Cité des Sciences et de l’Industrie. Dans le même temps, le site internet Science Actualités avait une fréquentation importante.
Avec Préférences, nous avons alors travaillé à la conception d’un espace d’exposition qui intégrait, dans sa muséographie, tout ce que cet éditeur multimédia permettait. Le projet a avancé en tenant compte de ces possibilités. Pour notre équipe, ce fut une révolution : les journalistes ont appris à travailler autrement, avec un outil performant et plus accessible pour eux ; mais il faut reconnaître que des problèmes nouveaux sont apparus également.
Dans le système traditionnel de la presse, le principe du B.A.T. (Bon à tirer) permet une validation par voie hiérarchique, avec cet éditeur multimédia, les étapes de validation avaient tendance à sauter. C’était le revers de la rapidité et de la simplicité qu’il offrait.

Quelles sont les implications de cet outil pour la méthodologie et l’organisation du travail de journaliste ?

L’émergence de ces nouveaux outils d’édition multimédia a certainement favorisé la naissance d’une nouvelle espèce de journaliste. Aujourd’hui, on parle de rédacteur multimédia. Même s’il conçoit son article de manière « traditionnelle » : il écrit un article, lui donne un titre, un chapô, y associe une photo légendée, conduit une interview, réalise un reportage ; la dimension multimédia de son travail est renforcée. Par exemple, une interview enregistrée trouvera sa place en tant qu’enregistrement audio et non pas simplement intégrée sous la forme d’une retranscription écrite.
On tend vers une écriture qui est moins bavarde et qui donne plus d’information. Le risque auquel s’expose alors le journaliste, c’est de se convertir en documentaliste. C’est la tendance actuelle de la presse web à jouer les portails, à donner accès à de l’information plus qu’à en produire. C’est une tentation dans l’univers de la presse de verser vers la base d’information qui pose problème.

Comment la collaboration avec Préférences s’est-elle poursuivie après la mise en place du projet ?

Le problème, c’est que l’on a souvent 3000 idées à l’heure, autant de notre côté que de celui de Préférences. En tant qu’utilisateurs, nous avons un système si souple que nous avons envie de l’améliorer en permanence. Or ça n’est pas si simple dans un environnement informatique et dans le cadre que représente cet outil. Par conséquent, nous sommes parfois un peu trop enthousiastes par rapport à ce qui est possible.

Quelles sont les évolutions futures du projet ? Y a-t-il de nouvelles idées que vous souhaiteriez mettre en place ?

Nous avons deux projets avec Préférences. Le premier est lié à la refonte muséographique de la partie news de l’espace Sciences Actualités. Les contenus des écrans de la rubrique « questions d’actualité » seront repris pour être présenté sur des écrans dans l’exposition. Cette évolution ne va pas bouleverser notre façon de travailler. Il s’agit simplement de mettre en place de nouvelles fonctionnalités dans l’éditeur, ce pour quoi cet outil est prévu.
D’autre part, nous réfléchissons à un fil d’information à distance, nom de code « Canal Magazine Science Actualités ». Une boucle multimédia muette aux contenus produits par notre équipe sera diffusée par internet et projetée dans des espaces publics. Chaque client/récepteur pourra en outre y intégrer des informations locales. C'est un concept novateur que nous espérons utile pour mieux diffuser les productions de Science Actualités en régions.